Hypnose et souvenirs oubliés : entre quête de vérité et chemin de guérison
- Elisabeth NGUYEN

- 6 janv.
- 3 min de lecture

Depuis plusieurs années, je reçois régulièrement des appels de personnes en grande souffrance. La demande est souvent formulée de la même manière :
« Je vais mal. Il s’est passé quelque chose, j’en suis sûr·e, mais je ne m’en souviens pas. J’ai besoin de savoir. »
Ces demandes concernent le plus souvent des événements supposés traumatiques, parfois anciens, parfois flous, et s’accompagnent d’une forte charge émotionnelle. Elles soulèvent des questions essentielles sur la mémoire, l’oubli, et le rôle réel de l’hypnose.
Les souvenirs : entre reconstruction et protection psychique
On a longtemps pensé que la mémoire fonctionnait comme un enregistreur fidèle, capable de restituer les faits tels qu’ils se sont déroulés. Les recherches en psychologie cognitive ont pourtant montré l’inverse : un souvenir n’est pas une copie du réel, mais une reconstruction. À chaque rappel, il est réinterprété, modifié, parfois enrichi ou appauvri.
De nombreuses études l’ont illustré, notamment celles menées aux États-Unis sur des témoins de meurtres ou d’agressions. Deux personnes présentes sur une même scène peuvent donner des récits très différents, sincères, mais contradictoires. La mémoire est sensible au stress, au contexte, aux suggestions extérieures et au temps qui passe. Elle peut créer des détails qui n’étaient pas là, ou au contraire effacer des éléments pourtant centraux.
Il existe aussi des situations où l’on ne se rappelle pas, non pas par défaillance, mais par protection. Face à un événement trop intense ou trop précoce, le psychisme peut mettre à distance certaines expériences. L’oubli devient alors un mécanisme de survie. Il permet de continuer à vivre, parfois même à bien vivre, sans avoir accès consciemment à ce qui a été mis de côté.
Cela pose une question rarement abordée : est-il toujours nécessaire de se souvenir ?
Certaines personnes ne gardent presque aucun souvenir de leur enfance et vont pourtant bien, construisent des relations stables, trouvent du sens à leur existence. Le livre "L’oubli et ses vertus" de Simon-Daniel Kipman rappelle que l’oubli n’est pas un échec de la mémoire, mais l’une de ses fonctions essentielles.
Comme l’écrivait Friedrich Nietzsche :
« L’oubli n’est pas seulement une force d’inertie, il est une force active, une condition essentielle de la santé psychique. »
Ce que fait réellement l’hypnose
L’hypnose ne travaille pas avec la mémoire comme un archiviste qui ouvrirait un dossier oublié. Elle agit au niveau de l’inconscient, dans un langage symbolique. Ce qui émerge sous hypnose n’est pas une preuve, ni un enregistrement du passé, mais une mise en forme intérieure : images, ressentis, métaphores, scénarios.
Ces éléments parlent avant tout de la manière dont une personne vit une expérience aujourd’hui. Ils traduisent une réalité psychique présente, et non nécessairement un événement historique passé. L’inconscient ne cherche pas la vérité factuelle ; il cherche l’équilibre, la cohérence et la sécurité.
C’est pour cette raison que l’hypnose peut être profondément aidante sans jamais faire émerger un souvenir précis.
Pourquoi je refuse les demandes de « récupération de souvenirs »
Lorsque l’on me demande explicitement de « retrouver des souvenirs » par l’hypnose, ma réponse est non. Ce refus s’appuie d’abord sur une question de déontologie. Rien ne permet d’affirmer que ce qui apparaît sous hypnose correspond à un souvenir réel. Il peut s’agir d’une construction symbolique, d’une croyance, ou d’une influence extérieure intégrée au fil du temps.
Introduire ou renforcer une certitude sur un événement traumatique non vérifié peut être profondément déstabilisant, voire nocif. La responsabilité du praticien est alors engagée.
Mais il existe une raison plus essentielle encore. L’objectif d’un accompagnement n’est pas de savoir ce qui s’est passé, mais d’aller mieux. Ce qui importe, ce ne sont pas les faits en eux-mêmes, mais la trace qu’ils ont laissée : une peur diffuse, un schéma relationnel répétitif, une sensation d’insécurité, une émotion envahissante sans cause identifiable.
Le travail thérapeutique consiste à accueillir cette trace, à l’écouter, à la transformer. Cela peut se faire sans jamais retrouver un souvenir précis, et parfois même sans en avoir besoin. Chercher à tout prix à se souvenir peut devenir une impasse, voire une nouvelle source de souffrance.
La guérison ne passe pas toujours par la mémoire. Elle passe par la compréhension, la réparation intérieure et la capacité à vivre plus librement dans le présent.
L’hypnose, lorsqu’elle est utilisée avec discernement, n’est pas un outil destiné à produire une vérité historique incontestable. Elle ouvre avant tout un espace de transformation intérieure, au service du mieux-être et de l’apaisement. Selon le cadre dans lequel elle est proposée, elle peut aussi permettre une exploration symbolique du vécu de l’âme, comme dans le travail sur les vies antérieures, lorsque celui-ci est clairement posé, accompagné et compris comme un chemin de sens plutôt qu’une recherche de preuves. Ce sera d’ailleurs l’objet d’un prochain article.





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