La mailloche du tambour chamanique : l’oubliée essentielle
- Elisabeth NGUYEN

- il y a 8 heures
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Quand on parle de tambour chamanique, on évoque presque toujours le cadre, le type de bois utilisé, la peau, son origine animale, sa tension. On parle de l’objet, de sa fabrication, de sa symbolique. En revanche, on parle très peu de la mailloche. Comme si elle allait de soi, comme si elle était secondaire. Et pourtant, sans elle, dans bien des traditions, le tambour reste silencieux.
La mailloche n’est pas un simple accessoire. Elle est une partie intégrante de l’instrument, tant sur le plan symbolique que vibratoire.
Tous les tambours chamaniques n’ont pas de mailloche
Il est important de rappeler que tous les tambours dits « chamaniques » ne se jouent pas avec une mailloche. Dans certaines traditions celtiques ou africaines, le tambour est frappé à la main. Le contact direct avec la peau permet un jeu plus rythmique, plus corporel, parfois plus ancré dans la danse ou la transe collective.
Cela amène une question fondamentale : qu’appelle-t-on réellement un tambour chamanique ?
Ce n’est pas la forme, ni l’origine géographique, ni même la technique de jeu qui le définit. Un tambour devient chamanique par son intention, par l’usage rituel qui en est fait, par la relation consciente établie entre le praticien, l’instrument et les mondes qu’il relie.
Lorsque le tambour est utilisé pour voyager, appeler, accompagner un passage ou ouvrir un espace rituel, la mailloche devient alors un médiateur essentiel.
La mailloche : principe masculin au service du son
Dans de nombreuses traditions, le tambour est associé au principe féminin. Il représente la Terre, la matrice, l’utérus, la peau tendue comme une membrane entre les mondes. La mailloche, elle, incarne le principe masculin : l’élan, l’impulsion, l’acte.
C’est de la rencontre entre ces deux polarités que naît le son.
Sans cette union, il n’y a pas de vibration, pas de rythme, pas de voyage. La mailloche n’est donc pas un objet neutre. Elle engage le geste, l’intention, la direction donnée au son. Elle est ce qui met en mouvement, ce qui appelle, ce qui réveille.
La façon dont on tient la mailloche, la pression exercée, la régularité ou la variation du rythme influencent profondément l’état de conscience induit par le tambour.
De quoi est faite une mailloche, et pourquoi cela compte
Traditionnellement, une mailloche est composée d’un manche et d’une tête plus ou moins souple, souvent enveloppée de cuir, de feutre ou de peau. Mais tous les matériaux n’ont pas la même symbolique ni la même vibration.
Certains recommandent l’usage d’un bois ayant porté des fruits. L’idée est que ce bois a connu le cycle de la fécondité, de la maturité et du don. Il porterait une énergie de générosité et de transmission, en résonance avec le travail chamanique.
D’autres privilégient l’if, arbre ancien, souvent associé à la mort et à la renaissance dans les traditions européennes. L’if est réputé pour sa longévité et sa puissance symbolique, mais aussi pour sa toxicité, rappelant que le sacré n’est jamais anodin.
À côté de ces approches traditionnelles, on trouve aujourd’hui des choix beaucoup plus contemporains. Certains praticiens utilisent des sticks en fibre de verre, très légers, avec une tête simplement entourée de peau. Le rendu sonore est différent, plus précis, parfois plus sec, mais il permet une grande régularité et une fatigue moindre lors de longues pratiques comme les pow wow.
Il est intéressant de noter que certains enseignants et batteurs formés à la Foundation for Shamanic Studies utilisent une baguette issue du monde de la percussion classique : la Vic Firth American Custom T1, conçue à l’origine pour la timbale. Elle est appréciée pour sa qualité de rebond, sa précision et le confort de jeu qu’elle offre sur la durée.
Ce choix peut surprendre, mais il rappelle une chose essentielle : ce n’est pas l’objet qui est sacré en soi, mais l’usage que l’on en fait.
Une relation à part entière
Il arrive aussi que, lorsque l’on achète un tambour déjà fabriqué, comme un Remo Drum par exemple, que la mailloche fournie sot trop "basique" ou que l’on ressente l’envie d’en créer une soi-même. Fabriquer sa propre mailloche est alors une belle manière de personnaliser encore davantage son tambour et de créer un lien intime avec lui. De mon côté, j’utilise un bois de citronnier, après avoir retiré les épines ;) Pour la tête, j’enveloppe le bois avec du tissu de feutre, puis j’ajoute des morceaux de vieux vêtements à moi, chargés de mon histoire et de mon énergie. Je ferme le tout avec un rizlan. et enfin, pour l'avoir bien en main, je mets du tape de crosse de Hockey (ça me fait penser à mon fils). Cette mailloche devient ainsi unique, porteuse d’intention et profondément personnelle.
Choisir sa mailloche, c’est choisir une manière d’entrer en relation avec son tambour. Certaines personnes en possèdent plusieurs, selon le type de cérémonie, l’intention ou l’énergie du moment. D’autres, au contraire, ne séparent jamais la mailloche de son tambour. Elles forment alors un couple indissociable, accordé dans le temps, la pratique et la vibration. La mailloche devient le prolongement naturel de l’instrument, comme si l’un ne pouvait plus s’exprimer sans l’autre.
La mailloche mérite d’être considérée, ressentie, écoutée. Elle n’est pas un détail. Elle est le prolongement du bras, du cœur et de l’intention. Elle est celle qui donne voix au tambour.La mailloche mérite d’être considérée, ressentie, écoutée. Elle n’est pas un détail. Elle est le prolongement du bras, du cœur et de l’intention. Elle est celle qui donne voix au tambour.
Si le tambour est un être, la mailloche est celle qui l’éveille.









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