Yin et Yang Yoga : deux polarités pour une pratique vivante
- Elisabeth NGUYEN

- il y a 5 jours
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Dans le paysage du yoga contemporain, les termes Yin et Yang sont souvent employés pour désigner des pratiques très différentes, parfois même perçues comme opposées. Pourtant, ces deux approches trouvent leur origine dans une même vision : celle de l’équilibre, du mouvement perpétuel entre deux forces complémentaires. Comprendre le Yin et le Yang Yoga, c’est avant tout sortir d’une logique de choix exclusif pour entrer dans une dynamique d’harmonisation.
Le Yin yoga : ralentir, ressentir, laisser infuser
Le Yin Yoga est une pratique lente, introspective et méditative. Les postures y sont majoritairement réalisées au sol et tenues sur un temps long, généralement entre trois et cinq minutes. L’objectif n’est pas de renforcer les muscles, mais au contraire de les relâcher afin d’agir sur les tissus profonds : fascias, ligaments, tendons et articulations.
Trois principes structurent cette pratique : trouver sa juste limite sans forcer, rester relativement immobile, et laisser le temps agir. Ce cadre invite à une écoute fine des sensations, à l’observation du souffle et des états intérieurs. Le Yin Yoga agit autant sur le corps que sur le système nerveux, favorisant l’apaisement, la régulation émotionnelle et une meilleure circulation de l’énergie selon les principes de la médecine chinoise.
Ses bienfaits sont multiples : amélioration de la mobilité articulaire, souplesse des tissus conjonctifs, diminution du stress et développement d’une présence à soi plus profonde. C’est une pratique précieuse, mais qui demande parfois du temps pour être pleinement intégrée, notamment pour les personnes peu habituées à l’immobilité prolongée.
Le yoga Yang : engagement, mouvement et structure
À l’autre extrémité du spectre, le Yang Yoga regroupe les pratiques dynamiques, actives et chauffantes. Le Vinyasa en est un exemple emblématique. Les postures s’y enchaînent de façon fluide, guidées par le souffle, avec un engagement musculaire important et une stimulation cardio-respiratoire réelle.
Le Yang développe la force, l’endurance, la coordination et la stabilité. Il structure le corps, renforce les appuis et soutient l’élan vital. Dans son intention première, il s’agit d’une pratique consciente, reliée au souffle et à l’instant présent.
Cependant, il est difficile d’ignorer que le Vinyasa est devenu, ces dernières années, une véritable tendance sur les réseaux sociaux. Sur TikTok ou Instagram, il est souvent présenté à travers des postures toujours plus spectaculaires, complexes et très engageantes, parfois bien éloignées de l’esprit du yoga. Cette approche très performative, centrée sur l’esthétique et la prouesse, peut créer une distance avec la réalité de nombreux pratiquants et donner une image élitiste ou intimidante de la pratique.
Il est donc essentiel de rappeler que le Yang Yoga ne se résume pas à la performance. Il peut rester accessible, progressif et profondément respectueux du corps.
Yin et Yang yoga peuvent-ils être enseignés ensemble ?
De nombreux enseignants ont exploré cette complémentarité. Paul Grilley, fondateur du Yin Yoga, a par exemple proposé des séquences dites yang, souvent inspirées du Qi Gong, destinées à préparer le corps au travail yin. Ces mouvements simples, répétés et conscients permettent de faire circuler l’énergie avant l’immobilité.
D’autres enseignants, comme Mathieu Boltron, a fondé la méthode Yinyasa et propose un Yang fluide, créatif et anatomiquement conscient, suivi d’un retour vers des postures plus lentes et introspectives.
On peut également citer Sarah Powers, qui a largement contribué à diffuser l’approche du Yin Yang Yoga, en associant une première partie dynamique à une seconde partie yin dans une même séance.
Ces approches s’inscrivent pleinement dans la vision taoïste : le Yin contient toujours une part de Yang, et le Yang contient toujours une part de Yin. L’un prépare l’autre, et aucun n’existe de manière isolée..
Partie Yin avant ou aprés la partie Yang ?
Il n’existe pas de règle universelle. Certaines approches placent le Yin en début de séance pour calmer le mental et ouvrir les tissus avant une pratique plus active. D’autres, au contraire, le proposent après le Yang, comme un temps d’intégration, de régulation du système nerveux et de digestion physique et émotionnelle.
Pour ma part, je choisis de proposer le Yin après le Yang. Le corps, déjà engagé et réchauffé, peut alors se déposer plus facilement. Les postures yin deviennent un espace d’écoute profonde, où les effets de la pratique dynamique peuvent s’infuser en douceur.
Le slow flow ou le gentle yoga : un pont entre 2 mondes
Entre le Yin et le Yang existe une voie médiane : le slow flow, parfois appelé gentle yoga. Il s’agit d’un Vinyasa plus lent, plus posé, où les transitions sont fluides sans être rapides, et où les postures restent volontairement simples et fonctionnelles.
Cette approche permet un réel travail musculaire, notamment au niveau des bras et des jambes, tout en restant accessible à un public moins sportif, en reprise d’activité ou après la cinquantaine. Le rythme plus lent favorise l’écoute du souffle, la conscience des alignements et le respect des capacités du corps, sans recherche de performance.
Le slow flow constitue ainsi une passerelle naturelle vers le Yin : il engage le corps, mobilise l’énergie, puis prépare à l’immobilité et à l’introspection.
Le Yin a besoin du Yang, et le Yang a besoin du Yin. Il ne s’agit pas de choisir un camp, mais de reconnaître que nos corps, nos âges, nos rythmes de vie et nos besoins évoluent. Le Yin Yoga reste une pratique essentielle, profonde et transformatrice, que j’enseigne avec conviction. Le Yang, lorsqu’il est proposé de manière consciente et accessible, apporte structure, force et vitalité. Associer les deux, notamment à travers un slow flow suivi de Yin, permet de proposer une pratique complète, équilibrée et respectueuse du vivant. Une pratique qui ne cherche pas à être spectaculaire, mais juste, durable et profondément humaine.



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